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Chroniques

Couvrir la soirée électorale : obligation de rigueur

Une course à trois se dessine, et avec elle, l’intensification des luttes et la démultiplication des circonscriptions où il sera bien difficile d’annoncer hâtivement la victoire de l’un ou l’autre des candidats. Dans ce contexte, les risques d’erreur augmentent forcément, mais la tentation d’être le premier à prédire une tendance suffisamment forte pour déclarer un vainqueur ne diminue pas pour autant.

« C’est certain qu’une lutte à trois, avec des résultats qui s’annoncent aussi serrés, ça nous oblige à une très grande prudence », avance Marcel  Courchesne qui a largement contribué à échafauder la soirée électorale que les téléspectateurs de Radio-Canada et de RDI verront le 4 septembre. « C’est difficile de dire avec précision combien de nos artisans sont impliqués. Ce qui est certain, c’est qu’il va y avoir beaucoup de monde. » Un euphémisme, puisqu’au-delà du personnel en poste à Montréal, le diffuseur public déploie également ses équipes dans toutes les régions de la province. « Je regarde notre modèle de couverture actuel et c’est le même que celui de la dernière campagne électorale fédérale. On sera présent à la télé [Radio-Canada et RDI], à la radio et sur internet. » Comment le fait que le résultat du scrutin s’annonce très serré, que nous nous dirigeons peut-être vers un gouvernement minoritaire, change-t-il leur façon de travailler? « Le mot d’ordre ici c’est : prudence. C’est certain qu’il y a plusieurs calls qui vont être lancés au cours de la soirée. Est-ce que ce sera un gouvernement minoritaire ou majoritaire? Quel parti gagnera l’élection? On a toute une équipe formée de journalistes et de statisticiens qui ont la responsabilité d’établir ce que nous allons annoncer tout au long de la soirée. »

Même si la prudence est de mise, il reste que les médias ont habituellement joué au jeu de la concurrence dans leur couverture de cet instant particulier de notre vie démocratique, en cherchant à être les premiers à annoncer l’identité du prochain gouvernement. Cette course est-elle encore bien vivante aujourd’hui? Marcel Courchesne reste prudent. Il connaît trop bien l’impact qu’a eu l’annonce de la fausse défaite de Jean Charest dans Sherbrooke, lors de l’élection de mars 2007, sur la crédibilité de son organisation : « notre équipe est expérimentée, notre formule est éprouvée depuis de nombreuses années et est caractérisée par la prudence et la rigueur de son travail. » Il n’est pas anecdotique que M. Courchesne insiste sur l’expérience et la qualité de son équipe. Après tout, la rectitude de l’information que les médias transmettent détermine en partie la crédibilité que les citoyens leur accordent. L’information est un produit qui doit être de qualité, et livré à temps. Or, être à temps pour des entreprises en concurrence rime avec être les premiers… dans l’espoir de ne pas commettre d’erreur.

Protéger la cueillette d’information

« Notre plus grande crainte, c’est de ne pas avoir de résultats avant notre heure de tombée, à 23 h », lance, avec un sourire dans la voix, le directeur de l’information au journal Le Devoir, Roland-Yves Carignan. « Notre couverture va être plutôt conventionnelle; on est tous [les médias] connectés aux données du directeur général des élections. C’est notre point de départ. Puis on va accorder une attention particulière aux circonscriptions qui nous semblent les plus chaudes… » Pour M. Carignan, le fait que le scrutin s’annonce serré ne change pas grand-chose à la façon de couvrir l’événement. C’est plutôt la présence du journal sur l’internet qui impose une nouvelle façon de travailler. « On se trouve à préparer deux éditions distinctes du journal : une version papier, figée dans le temps, puis une autre, évolutive, sur l’internet. Là où il faut être très prudent par contre, c’est de ne pas laisser l’instantanéité qu’impose notre version en ligne du journal nuire à la qualité de notre cueillette. Il faut vraiment faire très attention. » Pour un journaliste, l’idée d’être le premier à publier une information demeure tout de même une ambition fortement ancrée.

Comment arriveront-ils à lutter contre cette tentation qu’ont les journalistes, alors que l’heure de tombée sur l’internet est « maintenant » et qu’ils seront également présents sur les réseaux sociaux? « On n’a jamais vraiment ressenti ce besoin d’être les premiers de quelques minutes à annoncer une nouvelle au Devoir. On laisse ça aux réseaux de télévision ce côté-là. Notre force a toujours été l’analyse. C’est là-dessus que nous continuons de miser. » « Ce qui est important, quand on prépare une couverture comme celle-là, c’est de nous assurer de penser à tout, même si parfois, l’impensable survient. La démission de Gilles Duceppe lors de l’élection fédérale du 2 mai 2011 fait partie de ces “impensables”. Personne ne l’avait vu venir. Ce qui est important aussi, c’est de préparer les “à-côtés” des résultats. Si le PQ gagne, nous aurons une femme comme première ministre pour la première fois de notre histoire. Si le PLQ perd, Jean Charest va peut-être démissionner. On ne le sait pas, mais il faut prévoir ces histoires. » Couvrir une élection ne se résume pas, en somme, à donner des résultats, aussi attendus soient-ils. C’est également de raconter des histoires, en périphérie des statistiques, sur des hommes et des femmes qui ont consacré les 35 dernières journées, et parfois même, des années entières, au service du public. Voilà ce que l’équipe du Devoir compte nous raconter en marge de l’élection.

Chez les autres grands médias

Du côté du journal La Presse, on se prépare, là aussi, pour une lutte particulièrement serrée. Dans son éditorial du 4 septembre, André Pratte parle d’un résultat « impossible à prévoir » malgré une certaine constance qui place le Parti Québécois en avance. La rédaction du journal identifie d’ailleurs 40 circonscriptions (sur les 125) où l’élection pourrait se jouer. Corollaire à l’intensité de la lutte : La Presse présente cinq conclusions possibles au scrutin. Le fleuron du groupe Gesca n’est pas en reste quant aux moyens déployés pour rapporter les résultats du vote : environ 80 personnes travailleront à la couverture de la soirée électorale, sur le terrain comme dans la salle de rédaction. Des journalistes dévoileront les résultats en direct sur les réseaux sociaux, tandis que des extraits vidéo animeront le site internet du journal.

Quant au Groupe TVA, il nous a été impossible d’obtenir d’entrevue avec le responsable de l’information, Mychel Saint-Louis. Il faut dire que le jour du scrutin, chaque minute compte dans les salles de rédaction.

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