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Chroniques

Droit de commenter, devoir de modérer – Au Québec

Autre réalité, autres méthodes, mais toujours cette nécessité de modérer les commentaires. Une nécessité encore plus vraie chez nous en raison du précédent confirmant la responsabilité des médias envers les contenus publiés dans leurs sites, commentaires inclus (Corriveau c. Canoe inc.). Dans son jugement, l’honorable Danielle Blondin indique que « La décision de publier appartient à l’éditeur et la responsabilité pour la transmission de renseignements préjudiciables découle de ce pouvoir de contrôle » (Corriveau c. Canoe inc. (20120) [42]).

Si les représentants de chaque média interviewés ont évoqué cette responsabilité des éditeurs sur le contenu et la nécessité d’encadrer le débat, les façons de gérer la discussion en ligne sont multiples. Tour d’horizon.

Radio-Canada

Sur Radio-Canada.ca, les Requin888, JoeBine9 et autres pseudonymes ne sont plus permis depuis juillet 2011. « On voulait une certaine transparence, pour savoir à qui on parle, explique Pierre Champoux, directeur de l’information Internet et des services numériques. On a fait le pari que ça améliorerait la qualité des échanges et que ça assainirait le débat. » Des commentaires faits à visage découvert sont aussi plus susceptibles d’être repris sur d’autres plateformes, comme la radio et la télévision, pour alimenter les discussions.

Radio-Canada a été l’un des premiers médias francophones au pays à ouvrir la totalité des ses contenus aux commentaires des internautes – c’était en mai 2009. « Auparavant, seuls quelques carnets (blogues) permettaient aux auditeurs de commenter », précise Pierre Champoux. La modération se faisait alors à l’interne, à temps perdu. Par souci d’économie et d’efficacité, lorsque le diffuseur public a choisi d’élargir le débat à l’ensemble de ses contenus, il a fait appel à la firme ICUC, spécialisée dans la modération des commentaires.

« Il y a eu au départ un travail d’éducation et d’harmonisation avec les modérateurs, mais cet effort aurait aussi été nécessaire à l’interne, estime Pierre Champoux. On a établi des règles très claires et on rencontre régulièrement les modérateurs, car c’est un domaine en constante évolution et l’on doit régulièrement ajuster le tir. »

Le volume de commentaires oscille autour de 60 000 par mois pour l’ensemble de Radio-Canada.ca, incluant la section information qui génère le gros des commentaires du site. « On modère à l’intérieur d’un délai de 30 minutes, mais c’est souvent plus rapide. Quand les commentaires sont publiés dans les meilleurs délais, ça permet un débat réel où les internautes peuvent interagir entre eux. » Des modérateurs sont donc au poste 24/24. 

Le défi pour un service public comme Radio-Canada, c’est de s’ouvrir davantage pour permettre un lieu d’échange inclusif, sans que la qualité n’en souffre. « On doit trouver le juste milieu; on a une obligation de rigueur, mais on ne peut pas seulement sélectionner les commentaires qui rehaussent le débat », analyse Pierre Champoux.

Nétiquette de Radio-Canada.ca

Particularité : les majuscules ne sont pas acceptées dans les commentaires, parce que sur le web, on juge qu’il s’agit de l’équivalent de crier.

La Presse

LaPresse.ca souhaite ouvrir cette année l’ensemble de ses articles aux commentaires des internautes. « Pour le moment, les commentaires sont uniquement autorisés sur certains blogues, et ce sont les journalistes eux-mêmes qui font la modération », explique Éric Trottier, vice-président à l’information et éditeur adjoint à La Presse. Avant de mettre en ligne les commentaires, les blogueurs doivent donc personnellement les autoriser. Une tâche fastidieuse, qui nécessite un suivi régulier et qui paraît difficilement conciliable avec l’agenda chargé de l’ensemble des journalistes sur le terrain. « Avant d’ouvrir tous nos articles aux commentaires, il faut se donner les moyens de pouvoir contrôler le flot », précise Éric Trottier. Dans ses prévisions, LaPresse.ca estime que le nombre de commentaires soumis par les internautes avoisinera les 150 000 par mois.

Et l’anonymat ? « Actuellement, les commentaires sont permis sous pseudonymes sur les blogues, mais l’identification est nécessaire dans la section débats, où les sujets peuvent être plus sensibles. On penche vers un système d’identification obligatoire des lecteurs, ajoute Monsieur Trottier. On note d’ailleurs que dans la section débats, le niveau de la discussion est supérieur. C’est ce qu’on souhaite à LaPresse.ca, encourager un débat de qualité. »

Quelle forme prendra la modération des commentaires ? « Dans un monde idéal, on aurait des personnes complètement dédiées à cette tâche. Nous regardons actuellement plusieurs scénarios, qui impliquent la modération à l’interne comme à l’externe », précise Éric Trottier.

Le projet pilote devrait se mettre en branle dans les prochains mois.

Nétiquette LaPresse.ca

Particularité : les commentaires sous pseudonymes sont permis, mais l’inscription est obligatoire et n’est octroyée qu’aux personnes de 18 ans et plus.

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