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Chroniques

Photos troublantes de soldats en Afghanistan: on publie ou pas?

 

Le LA Times a publié ce matin des photos controversées, montrant des soldats américains posant à côté de dépouilles de rebelles afghans

La décision du Los Angeles Times de publier des photos controversées de soldats américains en mission en Afghanistan a causé beaucoup de remous aujourd’hui. Un soldat anonyme, ayant récemment servi dans le cadre de cette mission, a fait parvenir au LA Times 18 photos de soldats américains posant à côté de corps mutilés d’Afghans. Le Times a publié un article sur ces bavures, accompagné de deux photos. 

L’information, éminemment d’intérêt public, méritait certainement d’être diffusée, mais qu’en est-il des photos? Le Times était-il justifié de publier ces photos dures et très explicites? 

La décision du Times de publier ces photos a été critiquée, entre autres parce qu’elle mettait en péril la sécurité des soldats en mission, susceptibles d’être victimes de représailles par les Afghans. Or, les comportements condamnables de certains soldats américains seraient attribuables, selon la source du Times, à un relâchement de la discipline et à un manque de leadership au sein des troupes; une situation tout aussi susceptible de mettre en péril la sécurité des soldats. 

Quant à la publication de photos aussi brutales et crues, on reconnaît généralement qu’un média peut le faire, même si celles-ci sont susceptibles de choquer une partie de son lectorat, à la condition que cela respecte les critères de l’intérêt public. Bien sûr, le degré de sensibilité est difficile à établir et certains lecteurs seront nécessairement plus sensibles que d’autres. Il est donc impossible pour un média d’éviter totalement ce phénomène.

Dans les circonstances, il faut donc se poser la question : est-ce que le cri d’alarme du soldat anonyme aurait été entendu sans la publication des photos? Est-ce qu’une mention de l’existence de ces photos dans l’article, sans cependant les publier, aurait été suffisante? Il faut d’ailleurs garder à l’esprit que le Times avait reçu 18 photos, mais qu’il a choisi d’en publier seulement deux. 

La décision de publier ou non a évidemment plus d’impacts pour un journal imprimé que pour un média numérique. Ce dernier pourrait par exemple mettre en place un système permettant aux lecteurs de faire le choix conscient de voir ou non certaines images explicites, en ajoutant une étape supplémentaire, par exemple, en les publiant sur une page distincte, atteignable via un hyperlien.  

La décision du LA Times de publier ces photos est certainement compréhensible, mais elle n’en illustre pas moins une situation délicate, où deux principes s’affrontent : le droit du public à l’information (qui implique le droit de voir pour comprendre) et le devoir de respecter la sensibilité d’une partie du lectorat. 

Le magazine du Conseil de presse tient à rappeler que les opinions exprimées dans ses pages n’engagent pas le tribunal du Conseil de presse.

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