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Nouvelles

La « dépublication » a-t-elle ses raisons?

Que faire comme rédaction lorsqu’on est confronté à une demande de « dépublication » – de retrait d’un article d’un site Internet? On entend ici une demande faite par une personne citée dans un texte qui souhaite, pour une raison ou une autre, que son nom ne soit plus associé à cette histoire.

Les demandes de ce type n’ont cessé d’augmenter ces dernières années. Qui n’a jamais eu la désagréable surprise, en cherchant son nom sur la toile, de découvrir certains vestiges d’un passé qu’on voulait oublier? Ces traces virtuelles sont cependant difficiles à effacer puisque les contenus en ligne ont une durée de vie beaucoup plus longue que leurs pendants papier, et qu’ils sont aisément accessibles en quelques clics. 

Malgré le nombre croissant de demandes de « dépublication », la plupart des médias n’ont pas de politique claire à ce sujet, nous apprend la Columbia Journalism Review. Une étude de Kathy English du Toronto Star publiée en 2009 révélait d’ailleurs que la plupart des rédactions sont frileuses à l’idée de retirer du contenu, sauf en cas d’erreurs ou de préoccupations juridiques. Même lorsqu’un article est modifié, des traces demeurent sur le Web en raison des pages « en cache » que les moteurs de recherche comme Google gardent en mémoire.

Devrait-on faire une mise à jour en cas de modification? C’est l’option favorisée par certaines publications. Reste que les médias ont une responsabilité envers leur lectorat et que malgré la dimension humaine qui peut se dégager des demandes de retrait, elles sont très rarement acceptées. 

L’article complet de Columbia Journalism Review.

Pour aller plus loin: Chaire de recherche sur l’éthique du journalisme de l’Université d’Ottawa.

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Commentaires (4)

  1. Il est assez étonnant que l’on ne souligne pas le caractère liberticide du geste consistant à « réécrire l’histoire » comme cela se faisait dans 1984 de Orwell. Lorsqu’on attache de l’importance au droit du public à l’information, on est très inquiet de l’usage que certains pourraient vouloir faire de ce soi-disant droit à l’oubli.
    Pour une approche différente, plus conforme aux impératifs de la liberté d’expression et de la presse, voir la conférence de Nathalie Poujol Le droit à l’oubli numérique (Conférence en ligne)
    2011-02-08
    Nathalie MALLET-POUJOL est Directrice de recherche au Cnrs, directrice de l’Ercim, Imr 5815-Université Montpellier 1.

    La conférence vidéo est disponible sur le site de la Chaire L.R.Wilson sur le droit dees technologies de l’information et du commerce électronique à .

    • Ne pas mentionner ce caractère ne signifie pas qu’il n’existe pas pour autant aux yeux de l’auteure de ce texte, qui se voulait, peut-être est-il pertinent de le mentionner, une nouvelle, et non pas une chronique. Il visait donc davantage à rendre compte de la publication d’une analyse existante (celle du CJR) qu’à défendre une certaine vision de la justesse — ou de l’irrévérence — d’une telle pratique. Voilà pour la forme.

      Quant au fond des choses – même si je répète qu’il ne s’agissait pas de s’y aventurer, du moins pour l’instant – j’aurais ceci à dire : en dépit de ce « on » que vous employez et qui semble exclure quiconque serait d’un avis contraire au vôtre, j’estime personnellement qu’on peut adopter sur cette question une position nuancée sans pour autant être un contempteur des libertés fondamentales. Mieux : que la révolution numérique nous force à penser de nouveaux droits de la personne — ce sont des constructions, n’est-ce pas? —, puisque notre existence n’est fondamentalement plus la même. Nous ne sommes plus au monde comme nous pouvions l’être il y a 20 ans, c’est un truisme que de l’affirmer sans doute, et il me semble qu’il serait dommage de couper court à cette réflexion, qui ne fait que s’amorcer, sur la persistance temporelle d’une identité numériquement formatée en brandissant l’épouvantail orwellien, sorte de point de Godwin lorsqu’on discute de liberté d’expression.

      Ainsi, je suis fondamentalement convaincu « qu’on » peut s’arrêter pour réfléchir à ces questions tout à fait légitimes et s’inquiéter en même temps des velléités censoriales de certains.

      Le débat que la question du droit à l’oubli ouvre est à mon sens extrêmement complexe, et se ramifie selon une multitude de modalités d’application : retirer des informations laissées de façon négligente sur une plateforme comme celle de Facebook, faire une mise à jour (plutôt que publier, à part, une rectification) lorsqu’un article contient des inexactitudes, changer les outils qui permettent l’indexation des pages par les moteurs de recherche pour que ceux-ci fassent ressortir des articles plus récents, par exemple lorsqu’il s’agit de quelqu’un qui a été blanchi par les tribunaux suite à de graves accusations, etc. Le droit à l’oubli peut s’appliquer de plusieurs façons différentes, et constituer une atteinte plus ou moins importante à la liberté d’expression. Qu’on le veuille ou non, celle-ci n’est pas absolue, et à peu près tout le monde admet qu’elle doit être circonscrite par plusieurs limites : discours haineux, diffamation, vie privée, droit à la sécurité…

      Est-il impensable d’accorder aux personnes dont la boîte vocale a été piratée pour le compte du News of the World le droit de réclamer que ces textes soient retirés du web ? Est-il absurde de penser qu’un internaute qui souhaite se retirer d’un réseau social comme Facebook puisse demander du même coup que les informations personnelles qu’il y a inscrites soient effacées ? Est-il exagéré, pour quelqu’un qui aurait été victime d’une erreur judiciaire, de demander qu’un média ajoute une mention à cet effet au début d’un article qui le déclare coupable ?

      Ces questions appellent des réponses nuancées, qui ne pourront forcément qu’être le fruit d’une réflexion lente, et posée.

      À cette fin, le magazine du CPQ serait ravi de publier vos réflexions sur le sujet, de même que celles d’autres intellectuels qui ont pu se pencher sur cette question (je pense spontanément à Marc-François Bernier). Nous sommes évidemment ouverts à des contributions qui viendraient s’opposer très franchement aux vues très embryonnaires que j’ai ici exposées, et les vôtres, sur cette question ou sur d’autres, seraient les bienvenues.

  2. La conférence:

  3. Merci de votre réponse nuancée et rigoureuse M. Acosta. Pour ma part, je poursuis mes recherches et mes réflexions sur les aspects normatifs et sociologiques du journalisme, cela permet de confronter des croyances, des idées reçues et des mythes tenaces.

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