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Nouvelles

Le prix de la liberté

Crédit photo: Mathieu Péborde (CC)

Une bonne idée n’est pas suffisante, il faut qu’elle soit réalisable. La règle s’applique désormais cruellement à tout projet journalistique. Le République veut fabriquer de l’information indépendante et de qualité, à l’aide d’un modèle d’affaires audacieux. Succès à la clé? L’histoire du nouveau journal web, qui débute mi-novembre, mérite d’être suivie.

De l’actualité québécoise et internationale et de l’enquête : ce sera le pain quotidien du journal Le République. Mais puisqu’il faut bien du beurre sur le pain, les sympathisants du projet étaient rassemblés au Edgar Hypertaverne, sur l’avenue Mont-Royal, le 23 octobre, où chaque verre consommé faisait d’une pierre deux coups.

Les profits du 5 à 7 étaient partagés moitié-moitié entre le site de blogueurs Le Globe, et « Le Ré », qui organisaient conjointement la soirée. Assis à une même table pour répondre aux questions du Magazine du Conseil de presse, les fondateurs des deux médias numériques en ont profité pour rêver tout haut à la formule idéale capable d’engendrer une presse libre et intelligente.

Le Globe fait dans l’opinion. Le République prisera le journalisme factuel. Les deux publications ont manifestement des atomes crochus, des vocations complémentaires et entendent même échanger du contenu, voire fusionner leurs plateformes un jour, confient Luc Lefebvre, cofondateur du République, et Renart Léveillé, blogueur, cofondateur et rédacteur en chef du Globe.

Progressiste et lucide

Luc Lefebvre, qui est également cofondateur et ex-membre de QuébecLeaks, du Nouveau mouvement pour le Québec et d’Occupons Montréal, tient un discours progressiste, qui remonte à l’essence du journalisme.

« L’objectif n’est pas de faire de l’argent, mais de travailler pour le bien commun, dit-il. Une des raisons d’être de République est que le journalisme de qualité est au cœur de la démocratie. »

Mais la qualité se paie, soulignent Lefebvre et Léveillé. L’enquête, surtout, demande temps, ressources, expertise, soutien juridique et beaucoup d’argent. « C’est pour ça qu’on amasse des fonds », dit le cofondateur du République.

Les textes de cette publication seront signés par des journalistes pigistes, puisés en grande partie dans le bassin de l’Association des journalistes indépendants du Québec (AJIQ), que Le République a consultée pour l’élaboration d’un contrat de travail type.

Les initiateurs du nouveau journal web répondent ainsi à la revendication historique de l’AJIQ, soit la reconnaissance du droit de ses membres de négocier des conditions de travail et de signer un contrat standardisé avec leurs clients.

Du côté du Globe, on est à la recherche de fonds pour l’embauche de blogueurs réguliers, notamment d’un blogueur « de droite », précise Renart Léveillé, afin d’élargir le spectre politique du site, qui publie actuellement les billets d’auteurs bénévoles.

Trois têtes

Sur le plan des idées, difficile de ne pas adhérer au projet de République. Reste à l’ancrer sur des assises solides : le maelström médiatique actuel n’a pas la réputation d’être clément pour les initiatives construites sur de frêles pilotis.

Le nouveau journal web reposera sur les épaules de ses trois piliers fondateurs. Luc Lefebvre sera chargé du marketing et des communications. Jimmy Djivré, présenté comme un expert en développement des affaires, en gestion et en développement, agira à titre de responsable du développement et des finances du République. L’équipe est complétée par Patrick Salomon, qui mettra son expertise en développement web à titre de directeur technique de la publication.

« On pensait d’abord se financer seulement avec la pub », relate Luc Lefebvre. Après une réflexion plus poussée, alimentée par des stagiaires de HEC et l’expérience du défunt Rue Frontenac, les trois collègues ont opté pour un modèle hybride.

« Le modèle axé seulement sur la publicité n’est pas rentable », constate Lefebvre. La formule de financement du République s’articulera, dans un premier temps, autour de recettes récoltées via un service de régie publicitaire (entreprise fournissant un bassin d’annonceurs) et de revenus d’abonnement.

Une fois son lectorat payant et sa notoriété établis, le journal espère délaisser la régie publicitaire et développer ses propres comptes clients, explique Luc Lefebvre. Ultimement, l’équipe vise la création d’une coopérative de travailleurs-actionnaires.

On aura également recours au sociofinancement (crowdfunding) pour les enquêtes. Le public sera invité à faire connaître les sujets qu’il aimerait voir fouillés et à faire une contribution pour que le projet de reportage s’enclenche. L’idée est de récolter la somme estimée nécessaire avant que les journalistes n’amorcent leur travail.

Le République fait par ailleurs appel aux contributions du public, suivant des forfaits préétablis. Les donateurs les plus dévoués ont droit à un statut et des privilèges.

Au-delà des incitatifs parfois farfelus (souper avec un cofondateur, lettre de remerciement personnalisée signée par ces illustres personnalités, etc.),  offerts avec humour aux âmes généreuses, les dollars récoltés contribueront à rendre la démocratie québécoise plus fonctionnelle, font valoir les initiateurs du projet.

La mission que se donne Le République est proposée en guise de caution: « Si le journaliste est le chien de garde de la démocratie, il est nécessaire de lui redonner du mordant. »

Médias indépendants 

L’un s’engage dans la voie du journalisme pur et dur, l’autre est issu d’un média citoyen d’opinion. Luc Lefebvre et Renart Léveillé s’entendent toutefois sur l’importance de l’émergence d’une nouvelle presse indépendante. L’objectif est de faire ce que les médias traditionnels ne font pas ou plus.

« On a toujours l’impression qu’il y a des intérêts derrière [les médias traditionnels], dit Renart Léveillé. On se dit qu’on va creuser des trucs qu’ils ne creusent pas. On essaie d’être plus caustiques. Le Globe, c’est un peu ça. »

« On se rend compte qu’avec le modèle d’affaires traditionnel, les entreprises [de presse] ont des intérêts ailleurs », renchérit Luc Lefebvre, qui donne l’exemple d’un câble rendu public au printemps 2011 par WikiLeaks.

« On se rend aussi compte qu’il y a des modèles d’affaires qui amènent plus de transparence et d’indépendance. » À ce chapitre, la destinée du République saura dire si l’accès payant au contenu journalistique sur internet est une condition gagnante.

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