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Reconnaître ses erreurs et les corriger avec méthode

Crédit photo : Mary-Kay G CC

Dans son rapport annuel 2012-2013, l’ombudsman des Services français de CBC/Radio-Canada défend l’idée d’une politique de correction « plus englobante » permettant plus de transparence et une discussion entre public et acteurs du milieu journalistique.

« Je demande aux directions concernées par l’application des NPJ [Normes et pratiques journalistiques], en tout ou en partie, d’élaborer et de mettre en place une véritable procédure de reconnaissance et de correction des erreurs, écrit Pierre Tourangeau. Je souhaite que cette procédure soit permanente et réellement visible… », écrit-il dans son rapport rendu public à la fin du mois de novembre.

Le public croit que les médias tentent de cacher ou de minimiser leurs erreurs, ce qui entraîne cynisme et sarcasme, constate M. Tourangeau en se basant sur les plaintes qu’il reçoit.  

En donnant l’exemple de l’émission La Facture qui reconnaît ses erreurs en ondes et sur son site web, Pierre Tourangeau convient que Radio-Canada fait bien son travail. En entrevue téléphonique avec le Magazine du CPQ, il précise que la société d’État devrait aller plus loin. Il pense minimalement à une page sur le site Internet de Radio-Canada où tous les rectificatifs seraient répertoriés et où il serait possible d’en discuter avec le public à travers un blogue, par exemple.

Questionné sur des modèles qui l’inspirent, il mentionne l’émission mensuelle de la médiatrice de France 3 réunissant des membres du public, des journalistes et des experts pour débattre de certaines plaintes. « C’est une émission vivante et qui n’est pas acrimonieuse », note M. Tourangeau, en rappelant qu’une telle initiative n’est pas seulement un rappel déontologique adressé aux gens du métier, mais également l’occasion pour le public de mieux comprendre le rôle des journalistes.

« Il est normal, quand on est journaliste, de faire des erreurs. Nous sommes tous des généralistes, nous changeons de sujet tous les jours. Ce qui n’est pas normal, c’est de ne pas les reconnaître. À partir de ce constat, on ne devrait pas avoir honte d’en discuter avec le public », soutient l’ombudsman.

Dans un document intitulé Commentaires de la Direction générale de l’information, les patrons de Radio-Canada indiquent que le directeur des plaintes révisera « le processus de reconnaissance et de correction des erreurs pour qu’il soit plus rapide et systématique ».

Plaintes et révisions

D’autre part, dans son rapport annuel, l’ombudsman analyse les plaintes reçues à son bureau au cours de l’exercice financier 2012-2013. Il constate une forte hausse puisque d’une moyenne de 690 plaintes par an au cours des cinq dernières années, il est passé à 1130 l’an dernier. La crise étudiante et l’élection provinciale ont généré cette augmentation.  

Au final, 31 plaintes étaient non justifiées, alors que 7 l’étaient en partie et 4 l’étaient entièrement.Dans 524 cas, l’ombudsman a demandé aux directions visées de répondre. Jugeant la réponse insatisfaisante, 42 plaignants ont par la suite prié l’ombudsman de faire une révision, un sommet observe M. Tourangeau.

Grève étudiante

En 2012-2013, la crise étudiante a généré à elle seule 328 plaintes. Des neuf révisions réalisées par l’ombudsman, une seule infraction aux NPJ, qualifiée de mineure, a été constatée. Pierre Tourangeau mentionne que l’erreur avait déjà été corrigée en ondes par l’animateur au moment où la révision a été faite.

Selon Pierre Tourangeau, cette crise sociale a mis en lumière l’incompréhension du public pour le métier de journaliste. Il rapporte qu’il a dû s’astreindre à un travail de pédagogie pour rappeler, par exemple, que ce n’est pas parce qu’un journaliste rapporte les propos d’un intervenant qu’il les soutient ou faire valoir que les intervieweurs doivent se faire l’avocat du diable.

Même s’il n’a pas constaté de manquements importants, M. Tourangeau note que des efforts auraient dû être faits pour que les points de vue des étudiants opposés à la grève soient davantage entendus. Il déplore également le peu de reportages sur le contexte dans lequel les votes de grève étaient pris et les conséquences de la hausse des droits de scolarité proposée par le gouvernement.

Les dirigeants de la Direction de l’information reconnaissent que le conflit étudiant a été un test. Ils mentionnent que les journalistes étaient face à des manifestations presque quotidiennes, des organisations étudiantes dont les porte-parole étaient très présents, un gouvernement qui donnait peu d’entrevues et un manque d’organisation du côté des carrés verts.

Ils reconnaissent qu’il était difficile de faire une couverture équivalente, sur une base quotidienne, des étudiants pour la grève et de ceux s’y opposant. Ils soulignent que ces derniers agissaient davantage sur une base individuelle.

Radio-Canada affirme avoir appris de cette couverture et applique ces constats à sa couverture de la Commission Charbonneau, par exemple.

 Élections provinciales

Au cours de la dernière campagne électorale provinciale, l’ombudsman a reçu 186 plaintes et 236 autres concernant l’exclusion du débat des chefs de Jean-Martin Aussant, d’Option nationale. Dans ce cas, M. Tourangeau a rappelé que « les télédiffuseurs sont tout à fait libres de choisir, en vertu de la liberté de presse, qui ils souhaitent recevoir dans leurs émissions d’information ».

Seulement deux dossiers ont donné lieu à une révision. Il s’agit notamment de deux reportages concernant une filature à laquelle la Sûreté du Québec a mis fin lorsque l’individu a rencontré Jean Charest, alors premier ministre. Si les reportages respectaient les NPJ, l’ombudsman a cependant constaté des « vices évidents dans la promotion, la présentation, la mise en ondes et la discussion des reportages ».

La direction de l’information souligne qu’un rédacteur est maintenant attitré à l’écriture de tous les textes associés aux reportages découlant de l’émission Enquête permettant ainsi d’assurer une cohérence sur toutes les plateformes.

Conflit israélo-palestinien

Au cours de l’année, 75 plaintes ayant mené à 12 demandes de révision, dont 5 se sont avérées fondées, concernaient la couverture du conflit israélo-palestinien. L’ombudsman relève que le tiers de ces plaintes émanaient de quatre organismes.

Tout en reconnaissant l’existence de « problèmes bien réels dans la couverture du différend israélo-arabe à propos de la question palestinienne », Pierre Tourangeau rappelle que le travail des journalistes dans ce dossier est scruté à la loupe par un lobby.

« Je suis réaliste : dans un dossier aussi ardu et épineux, d’autres erreurs, malheureusement, seront commises », écrit-il.

La direction de l’information indique qu’elle fournit maintenant aux journalistes un manuel traçant l’historique du conflit reconnu par des représentants de chacune des forces en présence. On ajoute qu’il y a un désir d’harmoniser le vocabulaire utilisé sur cette question.  

Rappelons que le Bureau de l’ombudsman agit comme instance d’appel lorsqu’un auditeur n’est pas satisfait de la réponse offerte par la direction de l’information. Il est totalement indépendant et relève du président-directeur général de Radio-Canada.

En mai dernier, le CRTC a enchâssé dans les conditions de renouvellement des licences de Radio-Canada le maintien des deux bureaux d’ombudsman.

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