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Attention, fragile

Headshot - Martin Gommel / Creative Commons

Le 14 janvier 1999, Gaétan Girouard, animateur de l’émission J.E. à TVA, s’enlève la vie par pendaison, à Ste-Foy. Les semaines suivantes, le taux de suicide bondit et les lignes des centres d’aide surchauffent. L’effet d’entraînement, produit de la couverture inconsidérée des médias? Dans tous les cas, le principe de précaution devrait primer, croient des experts.

 « Moi, j’ai entendu plusieurs fois, dans mon bureau de psychiatre, mettons pendant un ou deux mois après, de la part de gens dépressifs : “Lui a eu le courage, lui a fait le bon choix “ », se rappelle Jacques Lesage, psychiatre de l’Institut Philippe-Pinel associé à l’Université de Montréal jusqu’en 2011, qui exerce aujourd’hui en pratique privée.

 Identification

 Cet exemple illustre bien les phénomènes d’identification et d’entraînement, bien documentés dans le cas de la médiatisation du suicide. Aussi appelé effet « d’imitation » ou « de contagion », l’effet d’entraînement amène des personnes déjà vulnérables au passage à l’acte.

Si les projecteurs sont braqués sur une figure connue à laquelle beaucoup de gens peuvent s’identifier dans une société, la machine d’autodestruction de certains de ses éléments a d’autant plus de risque de s’emballer, explique Alain Lesage, psychiatre spécialiste du suicide, professeur titulaire à l’Université de Montréal et directeur associé au Centre de recherche Fernand-Seguin de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine. À cet égard, le cas Girouard est patent.

« L’effet de contagion, c’est quelque chose qui se produit dans l’environnement social, qui se répand dans une culture donnée. Le suicide de Gaétan Girouard, au Canada anglais, vous leur parlez de ça et ils ne savent pas de quoi vous parlez. Dans une culture, on a des modèles d’identification et on a des gens qui deviennent nos héros, qui nous portent à aller de l’avant et nous donnent du courage. Quelqu’un comme Gaétan Girouard, c’était un peu comme Robin des bois. Quand Robin des bois se suicide, ça va mal. »

Le cas Girouard est par ailleurs unique, souligne Alain Lesage, en raison de l’effet d’identification qu’il a engendré chez des journalistes qui devaient couvrir le drame. De messagers, ils se sont transformés en acteurs incapables de recul, malgré l’existence, déjà à l’époque, de lignes directrices pour la couverture média du suicide, notamment celles établies par Suicide Action Montréal.

« Les médias ne pouvaient plus se contenir, parce qu’ils étaient blessés eux-mêmes et touchés profondément dans leur identité de journaliste. Ils se disaient : “ Si Robin des bois se suicide, nous, qu’est-ce qu’on va faire? “ Parce qu’eux aussi étaient là dans une mission d’informer le public et de faire paraître la vérité. »

 Étude d’impact

 Un cas aussi inusité n’a pas manqué d’attirer l’attention des chercheurs. Le centre de recherche interdisciplinaire sur le suicide CRISE, à l’UQAM, a documenté l’effet du suicide du journaliste sur le passage à l’acte d’autres personnes.

 Les auteurs de l’étude, publiée en 2005, ont analysé le contenu des journaux imprimés, les taux de suicide, des rapports de coroner et le registre des appels effectués aux centres de prévention du suicide au cours des mois qui ont suivi la mort de M. Girouard. Les résultats montrent une augmentation notable des suicides dans les semaines suivant le 14 janvier 1999.

Fait troublant, on note une recrudescence des suicides par pendaison cette année-là, particulièrement ceux réalisés à l’aide d’une ceinture (une méthode plutôt inusitée utilisée par le journaliste et dévoilée dans les médias) dans les deux mois qui suivent le drame. Par ailleurs, le taux de mort par pendaison dans la ville de Ste-Foy, où Gaétan Girouard s’est exécuté, est multiplié par 10, dans les 38 jours suivant l’annonce de sa mort.

Les auteurs concluent qu’il y a « de bonnes raisons de croire que la nouvelle de sa mort a joué un rôle dans au moins 50 des suicides qui se sont produits pendant la période de quatre semaines suivant immédiatement le 14 janvier [1999]. »

 Lien causal

 Cette étude n’est pas la seule à établir un lien de cause à effet entre la couverture médiatique du suicide et une augmentation subséquente du taux de suicide.

En 2008, l’Association des psychiatres du Canada (APC) publiait un énoncé de politique fournissant aux journalistes des lignes directrices de couverture médiatique du suicide. « Selon toute vraisemblance, un lien de causalité existe », affirmait l’APC, qui citait quelques travaux de recherche.

Parmi ces études, celle de Jerome A. Motto (1970), qui observe une baisse du taux de suicide pendant l’interruption de la parution du journal de la ville, en raison d’une grève. Un phénomène semblable est constaté par Sol Blumenthal et Lawrence Bergner (1973), à New York. Au cours d’une grève de la presse écrite dans cette ville, le taux de suicide chez les jeunes femmes  diminue.

Autre exemple : au milieu des années 1980, en Autriche, un nombre considérable de gens s’enlèvent la vie dans le métro. En réaction, l’Association autrichienne de prévention du suicide publie des lignes directrices guidant le travail des journalistes relativement à la couverture de ces drames. Les médias emboîtent le pas. Une étude publiée par trois chercheurs associés à l’Université de Vienne, en 1994 (Sonneck G., Etzersdorfer E., Nagel-Kuess S.) montre une diminution des suicides de l’ordre de 75 % pendant cinq ans à la suite de l’initiative.

 Plusieurs facteurs

 Le suicide est l’aboutissement d’un parcours complexe et propre à chacun, affirment à l’unisson les trois experts consultés par le Magazine du Conseil de presse.

« Pourquoi un individu va se suicider? C’est multidéterminé », dit d’emblée Alain Lesage. Les troubles mentaux chroniques, les problèmes d’anxiété et de dépression ¾ « qui touchent 10 à 15 % de la population » ¾, créent une fragilité qui augmente le risque de passage à l’acte. « La majorité des personnes qui ont des problèmes d’anxiété ou de dépression ne se suicideront pas. Mais elles sont plus à risque. »

La vulnérabilité s’accentue quand interviennent la consommation de drogue ou des facteurs familiaux, développementaux et environnementaux. Les médias, « c’est un des facteurs dans l’environnement. Comme tout phénomène social, comme la présence de l’intimidation à l’école. Ça créé un terrain propice. »

En présence d’un cocktail explosif, les médias peuvent agir comme une bougie d’allumage. « C’est comme ouvrir une route et dire : “ Vous pouvez faire de la vitesse “. Mais il n’y a plus de garde-fous. Il y a des gens qui risquent de prendre le bord du champ. »

Étant donné la complexité de chaque cas, difficile d’établir un modèle de comportement unique pour illustrer le phénomène d’imitation, admet Alain Lesage. « Il n’y a pas de patron parfait. Mais il y a des personnes qui vont s’identifier selon la description que vous allez faire. Plus elle sera précise, plus quelqu’un, dans la société, pourra dire : « Ça, c’est exactement moi. »

Entre l’identification et le passage à l’acte d’une personne vulnérable, il y a encore un monde. « La majorité ne se suicidera pas. Mais il y en a qui sont sur le bord du précipice. Si vous faites quelque chose de trop sensationnel, qui glorifie le suicide… »

Le psychiatre donne l’exemple de la vague de suicides chez France Télécom, qui s’est amorcée en 2008, alors que ses gestionnaires complétaient une restructuration débouchant sur des milliers de suppressions de postes et de changements de métier. En juillet dernier, l’entreprise et trois de ses ex-dirigeants étaient mis en examen pour harcèlement moral envers leurs employés.

Au plus fort de la vague de gestes désespérés, la classe médiatique a commis une grave erreur, selon Alain Lesage. « Je soutiendrais qu’il y a eu une erreur sociétale : ils [les médias] ont glorifié les suicides. On disait qu’ils étaient les victimes de la mondialisation, qu’ils étaient “ morts au front “. Et ç’a continué; la cause était juste. Mais d’une certaine façon, c’est presque monstrueux, de dire : “ Voici nos morts, regardez ! “ On a favorisé l’effet de contagion, en faisant ça, parce que les gens s’identifiaient, le suicide apparaissait honorable et servait une cause. »

 Drames familiaux et violence

 Si la littérature scientifique appuie l’existence d’un lien causal entre la couverture médiatique du suicide et le passage à l’acte par effet d’entraînement, le lien est moins clair dans le cas d’autres types de formes de violence, comme les drames familiaux ou les fusillades, par exemple.

Le psychiatre Jacques Lesage s’était opposé, en 1989, à la publication dans les médias d’une lettre de l’auteur de la tuerie de l’École Polytechnique. Marc Lépine y exposait ses vues antiféministes et établissait une liste d’une vingtaine de personnalités féminines qu’il aurait voulu éliminer.

Le principe de précaution guidait son action à l’époque. Son message est le même aujourd’hui : l’évidence scientifique fait défaut, mais les journalistes font face « à une espèce de devoir de précaution ».

« Énormément d’articles [de revues spécialisées] sont parus sur le sujet des médias de masse et de la violence dans la société et il n’y en a pas beaucoup de bons. Il est difficile d’étudier ce sujet-là parce que la violence, il y en a partout. L’idéal, ¾ mais ce n’est pas possible ¾ serait de comparer une société non exposée à la violence médiatique avec une société exposée. »

Pour le suicide, « c’est clair qu’il y a une incidence », dit-il. Il ajoute à la sphère des certitudes l’impact de la violence dans les médias sur les enfants. « Il y a plusieurs études qui ont été faites, où on expose les enfants à un comportement violent. Ils le reproduisent. Les enfants sont vraiment vulnérables à ça. Et leur sens moral n’est pas encore développé. Mais pour les adultes et les adolescents, c’est moins clair. »

De nombreux auteurs confondent, dans leurs études, les notions de lien causal et de corrélation, estime l’ancien clinicien de l’Institut Philippe-Pinel. L’occurrence d’actes violents s’explique par d’autres variables que la présence de violence dans les médias. Ces autres facteurs peuvent en quelque sorte contaminer la variable média et invalider en partie les conclusions qu’on tire d’une analyse statistique.

Par exemple, un individu qui a déjà tendance à être violent va avoir une préférence pour une couverture médiatique violente et les films violents. « Il y a plusieurs influences possibles, explique le Dr Lesage. Vous avez l’impulsion, ou l’agressivité comme telle. Est-ce que les médias vont augmenter l’agressivité chez une personne? C’est pas évident. Vous avez l’imitation, qui est autre chose. Il va se faire un vol, par exemple, de telle façon audacieuse et quelqu’un va le reproduire quelque part. La personne avait déjà l’intention de faire son cambriolage, et elle a trouvé un bon moyen de le faire dans les médias. »

En général, le lien médias-violence « est un sujet un peu vaporeux, dit Jacques Lesage. C’est plus des prises de position affectives que des affirmations basées sur des faits solides. »

Le psychiatre cite deux réalités américaines pour étayer son scepticisme. « Aux États-Unis, le plus haut taux d’homicides qu’ils ont jamais eu, c’est dans les années 1930. À ce moment-là, les médias n’étaient pas très envahissants. À l’inverse, au milieu des années 1990, on a vu une baisse importante de la violence, alors que l’on sait très bien que la violence dans les médias va toujours en augmentant », dit-il, en précisant qu’il inclut, dans la notion de médias, le cinéma et d’autres supports médiatiques comme les jeux vidéo.

« Mais il y a toujours les cas d’espèce. En psychiatrie, quand on voit quelqu’un de vulnérable, probablement que les médias pourraient le faire basculer. »

 Information « restreinte et pertinente »

 Même son de cloche de la part de Suzanne Léveillée, professeur au département de psychologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières, spécialiste des drames familiaux et coauteure du livre Ces hommes qui tuent leur famille.

« Moi, je pense que quand on parle d’homicide, il ne faut pas s’empêcher d’en parler dans les médias. L’idée, c’est d’en parler, mais de s’interroger sur la façon de le faire. »

C’est le message que Mme Léveillé a livré au coroner Yvon Garneau, qui a fait appel à son expertise avant de rédiger, en août dernier, ses rapports d’investigation sur le drame familial de Saint-Germain-de-Grantham.

Ces rapports établissaient les causes et les circonstances des décès, en 2011, d’un père et de deux de ses enfants. L’homme avait incendié son véhicule, où prenaient place ses trois petits. Un seul a survécu. Le père s’était ensuite donné la mort.

Dans ses commentaires annexés aux trois rapports, le coroner recommandait au Conseil de presse du Québec « que la diffusion d’information sur les drames intrafamiliaux soit restreinte et pertinente, tout en respectant le droit du public à l’information. »

Il recommandait également à un comité d’experts de l’Université Laval de produire son rapport « le plus rapidement possible, étant donné l’urgence de la situation ». Ce comité avait été mandaté par le ministre de la Santé et des services Sociaux, en octobre 2011, pour brosser un portrait du phénomène des homicides intrafamiliaux au Québec. Le rapport des chercheurs devrait être soumis au gouvernement très prochainement et inclure des observations sur le rôle des médias, selon des informations obtenues auprès du comité.

Cette étude attendue est en principe la suite d’un premier coup de sonde sur le sujet, réalisé par Suzanne Léveillée en 2008, à la demande des ministères québécois de la Santé et des services Sociaux et de la Sécurité publique.

Selon ce document, en moyenne trois femmes et quatre hommes ont commis un fillicide (homicide d’un ou plusieurs enfants par un ou les deux parents) chaque année au Québec, entre 1997 et 2007 . Une majorité de ces hommes se sont suicidés. Comme le phénomène est à prédominance masculine, se sont surtout les histoires des hommes, que l’on retrouve dans les médias, fait remarquer la psychologue.

 Ces hommes qui…

 « Quand j’ai parlé au coroner Garneau, c’était vraiment les cas d’hommes qui vont tuer leur enfant. Ce sont des gens qui sont pris dans des situations de garde d’enfant, par exemple… Et ça dure des mois et des mois. C’est vraiment dans cette optique-là qu’on dit que c’est complexe comme situation; il y a beaucoup de variables en ligne de compte et la personne est prise [dans cette situation] pas juste quelques jours. Elle cherche justement des solutions auxquelles s’accrocher, parce qu’elle ne sait pas trop par quel bout prendre la situation, elle est dans un état psychologique fragile. Pendant ces mois-là, la personne est perméable à toute solution qui arrive. »

En ce sens, Suzanne Léveillée établit une parenté entre les mécanismes qui poussent aux actes de suicide et ceux qui débouchent sur les homicides intrafamiliaux, qui incluent le filicide. « Parfois, quand la personne est au désespoir, le suicide peut apparaître comme une option. Je pense qu’il y a un parallèle à faire avec l’homicide. C’est comme, pour se sortir de quelque chose d’invivable et qui dure et qui parfois perdure, je me dis : “ Je vais faire ça, ça va me soulager et ça va soulager tout le monde. “  C’est la solution extrême, dramatique. »

La charge émotionnelle dégagée par un drame familial est très importante, admet Mme Léveillée. « Tuer un enfant, c’est comme l’ultime tabou. Et blesser aussi la mère… C’est un geste de désespoir, mais aussi de très grande colère. Et je pense que c’est pourquoi ça suscite la colère des gens. Le cas Turcotte [le cardiologue Guy Turcotte], par exemple, a suscité une colère chez plein de gens dans la population en général. »

Les médias jouent alors leur rôle, en faisant état de cette colère, mais peuvent possiblement, par leur couverture de l’événement, ajouter leur poids dans l’équation fatale d’autres individus tourmentés, dit en somme la psychologue.

Il faut se rappeler que la variable média n’est pas la seule dans l’équation, que les journalistes n’ont pas à porter tout le poids d’une vague de suicide, par exemple. Une foule d’autres variables environnementales offrent des leviers sur lesquels on peut agir, fait valoir le professeur Alain Lesage.

« La génétique des gens, on ne pourra pas la modifier beaucoup. Sur les facteurs développementaux, ça, en tant que société, on peut faire des choses. Prenez un homme, et mettez-le au chômage… Alors que s’il a un emploi, des garderies à 7 $, un congé parental, une bonne conciliation travail-famille avec sa conjointe, vous créez des conditions meilleures. Il est moins vulnérable. Ces mesures ont un rôle de protection, de garde-fou. »

 « Régulation sociale »

 Dans des cas comme le suicide de Gaétan Girouard ou la vague de suicides chez France Télécom, le professeur Alain Lesage est d’avis que les médias apprennent d’eux-mêmes.

« Le cas Girouard, c’est du jamais vu. Si ça se reproduisait, avec un autre journaliste connu, probablement qu’il y aurait un effet de précaution et de retenue, parce qu’on a appris quelque chose. Il y a un enjeu d’éducation. Moi, j’appelle ça de la “ régulation sociale “. On ne parle pas d’exercer un contrôle sur des entités légitimes [les médias], mais de faire différemment, par l’éducation. »

Les lignes directrices de couverture médiatique du suicide qu’a établies l’Association des psychiatres du Canada, en 2008, avaient justement l’objectif d’éduquer les médias, en leur spécifiant les comportements à éviter, notamment : renseigner de façon précise sur le moyen utilisé par la personne suicidaire; inclure le mot « suicide » dans le titre, publier des photos de la victime, donner à penser que le suicide est inexplicable ou associé à des causes simplistes, donner trop de détails, faire les manchettes ou la une avec le drame ou en faire un compte-rendu captivant.

L’APC préconise toutefois la mention de solutions de rechange, l’existence de ressources communautaires ou l’exposé d’exemples d’issue favorable.

Aux États-Unis, la logique de l’approche éducative a dépassé les limites du mode d’emploi didactique, les 21 et 22 septembre dernier, à Philadelphie, lors d’un congrès portant sur la couverture médiatique du suicide. Organisé par le Dart Center for Journalism and Trauma, associé au Graduate School of Journalism de l’Université Columbia, l’événement rassemblait chercheurs, experts en politiques publiques, journalistes de renom et intervenants en prévention qui s’adressaient aux journalistes inscrits, dans le cadre de conférences et d’ateliers.

Mais Alain Lesage croit qu’à la base, les médias sont en position de contribuer à modifier une perception qui touche au coeur du phénomène du suicide et des drames familiaux : alors que la lutte contre le cancer est dépeinte le plus souvent comme une bataille, la dépression et les troubles mentaux ne sont pas traités de la même manière, déplore-t-il.

« Il y a des diagnostics de cancer tous les jours. Mais les gens continuent à se battre. La dépression aussi est une maladie. Dans 50 à 60 % des cas de suicide, il y a présence de troubles mentaux. C’est le principal problème de santé publique que l’on a; les gens ne se font pas traiter. Ils ne pensent pas qu’on puisse les aider. Or, on a des traitements qui sont efficaces. C’est une mobilisation comme [celle qui existe pour le cancer] qu’on voudrait avoir pour les troubles mentaux. L’action de la part des médias peut transmettre un message.»

Un exemple à suivre, selon le Dr Lesage : un article paru dans le Toronto Star, sous la plume de Susan Delacourt, le 28 décembre 2010, « Depression : The “ black dog ” in Canadian politics ». La journaliste recueillait les confidences du député libéral Bob Rae, qui a vécu une dépression dans les années 1970. Elle abordait également le suicide du député conservateur de la Saskatchewan, Dave Batters, en 2009 et citait un extrait de l’allocution du premier ministre Stephen Haper aux funérailles de son ex-collègue : « Au contraire du mythe lié à la dépression, elle n’est pas fonction du caractère d’une personne, mais afin de la combattre, cela nécessite une force de caractère. »

Le député Batters « a perdu sa bataille contre la dépression, de la même façon que l’on aurait dit qu’il est mort d’un cancer, décode Alain Lesage. Alors, ce que vous transmettez comme message, c’est qu’on peut faire quelque chose contre la dépression… mais pas toujours. [Ainsi], les gens qui se suicident ne sont pas ostracisés et leur famille n’est pas ostracisée. Et il y a une notion de cause : les troubles mentaux. »

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Commentaire (1)

  1. Je suis bien heureuse de voir que les médias sont entrain de réaliser que de donner trop de détails sur les cas de suicid,e ne font que donner le goût à des gens dépressifs de passer à l’acte. Personnellement, j’ai eu la chance de connaître Gaétan Girouard et je peux vous dire que si les médias en avaient moins parlé, le deuil aurait été plus facile à faire, pour nous, les proches. J’ai moi-même fait une tentative de suicide par pendaison, parce que je me disais « lui, il était parfait et il l’a fait, alors moi, je ne vaux rien et je vais le rejoindre ». Heureusement, cette tentative m’a amené en thérapie et je fais un cheminement remarquable. Mais vous savez, à chaque fois que j’entends le mot « suicide » dans un bulletin de nouvelle, je repense sans cesse à mon ami regretté…. et si un journaliste a le malheur de donner des détails sur la méthode utilisée, j’ai des images douloureuses qui me reviennent en tête. J’ai aimé votre article, mais je n’ai pas du tout apprécié le passage où vous reparlez du suicide de mon ami….

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