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Avis

Avis formué à l’ordre des infirmières et infirmiers du Québec concernant la protection des sources journalistiques (Extrait du Rapport annuel 1979-1980)

Le 15 juillet 1980 - Le Conseil de presse répond à Mme Laurette Pelletier qui lui demandait son avis sur le problème de la protection des sources journalistiques. Mme Pelletier soulevait un doute quant à cette pratique journalistique qui permet à un professionnel de l'information, sous prétexte de la protection de ses sources, de publier n'importe quoi sans que nul ne puisse vérifier le bien-fondé de ses dires. Le Conseil considère que le devoir de la presse de préserver la confidentialité de ses sources d'information est essentiel pour la liberté de l'information. Toutefois, la presse ne peut se retrancher derrière le principe de la protection de ses sources pour diffuser n'importe quelle information. Le Conseil pense aussi que l'exploitation des sources journalistiques pour des fins telles que celle exprimée par Mme Pelletier constitue un obstacle au libre accès du public à l'information : la presse ne jouerait pas son rôle si, par la divulgation de ses sources, elle devait servir à des fins autres que l'information du public.

Madame Laurette Pelletier
Syndic

Chère Madame,

Je vous remercie de votre lettre du 20 février dernier adressée au Président du Conseil et dans laquelle vous lui demandiez son avis sur le problème de la protection des sources journalistiques que soulevait l’article  » Écoeuranterie à Ste-Justine  » publié dans la chronique de M. Jacques Francoeur  » Fourré partout même si ça vous choque  » dans le Dimanche-Matin du 18 novembre 1979.

Devant le refus de l’éditeur de ce journal et signataire de la chronique en question de vous donner quelque indication des noms et adresses des personnes dont il dénonçait le comportement professionnel, vous souleviez un certain doute quant à cette pratique journalistique qui permet à un professionnel de l’information, sous prétexte de la protection de ses sources, de publier n’importe quoi sans que nul ne puisse vérifier le bien-fondé de ses dires.

Vous estimiez d’autre part que, si M. Francoeur croyait qu’il était de l’intérêt public pour un journal de dénoncer des situations telle celle dont il faisait état, il était par ailleurs essentiel pour l’Ordre que vous représentez de remédier à ce genre de problème par voie d’enquête mais que le silence du journaliste vous empêchait d’agir.

Le Conseil qui s’est déjà penché sur cette question considère comme essentiel à l’exercice d’une véritable liberté de l’information le devoir de la presse de préserver la confidentialité de ses sources d’information. Toutefois, pour les mêmes raisons, la presse ne saurait se retrancher derrière le principe de la protection de ses sources pour diffuser n’importe quelle information au public. Car si le public en venait à douter de la probité et de l’intégrité de la presse dans l’utilisation de ses sources, non seulement la crédibilité de cette dernière mais même le droit du public à l’information s’en trouveraient irrémédiablement compromis.

Ainsi, le Conseil est-il d’avis que le souci qu’ont les médias et les professionnels de l’information de protéger leurs sources ne doit pas leur faire perdre de vue les impératifs que leur impose le devoir de transmettre au public une information authentique et exacte. En effet, bien que la presse ait une responsabilité même légale vis-à-vis l’information qu’elle diffuse surtout lorsque ce qu’elle publie revêt un caractère d’anonymat, le Conseil ne saurait trop insister sur l’importance des considérations d’ordre éthique qui doivent guider son comportement si elle veut assurer que sa crédibilité soit au-dessus de tout soupçon.

Le Conseil est d’avis par ailleurs que l’exploitation des sources journalistiques pour des fins telles que celle exprimée dans votre lettre pourrait éventuellement constituer un obstacle au libre accès du public à l’information. En effet, si les sources journalistiques devaient être utilisées à des fins autres que l’information du public, la presse pourrait se voir privée de celles-ci qui, rendues méfiantes vis-à-vis elle, pourraient refuser de lui divulguer de l’information pourtant d’intérêt public. La presse pourrait encore s’interdire à elle-même de tenir compte d’une information qui lui est ainsi divulguée de peur d’incriminer des personnes.

En outre, la fonction première de la presse est d’informer. Elle assumerait un rôle qu’il ne lui appartient pas de jouer si, par la divulgation de ses sources, elle devait servir à des fins autres que l’information du public.