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Mémoires

Synthèse et compte rendu des résultats de l’analyse de l’affaire Saint-Charles-Borromée

Le 24 février 2004 - Trois groupes de travail ont procédé à l’analyse de la couverture médiatique de l’affaire Saint-Charles-Borromée, un événement qui s’est principalement déroulé entre les 24 novembre et 2 décembre 2003. À travers cet examen, le Conseil de presse cherchait à déterminer si la couverture journalistique avait donné lieu à un cirque médiatique, comme le soutenait une partie de l’opinion publique et politique québécoise. En définitive, le traitement médiatique est jugé, dans l’ensemble, conforme aux règles régissant l’éthique journalistique; l’information y apparaît factuelle, juste et équilibrée. Cependant, en plus de quelques conclusions similaires, les trois groupes de travail ont fait d’autres commentaires, relativement à leur analyse respective, concernant la couverture radiophonique, le travail de la presse écrite et le traitement télévisuel.

Trois groupes de travail ont procédé à l’analyse de la couverture médiatique de l’affaire St-Charles-Borromée, un événement qui s’est principalement déroulé entre les 24 novembre et 2 décembre 2003.

 

Les neuf membres des comités ont analysé quelque 110 textes publiés – articles, chroniques, analyses, commentaires, éditoriaux et pages dédiées aux lecteurs – dans six quotidiens du Québec, ainsi qu’un condensé de plus de huit (8) heures d’enregistrements audio et visuel, pour l’essentiel des reportages, entrevues et émissions traitant du sujet, produits par les principales chaînes de radio et de télévision du Québec.

 

Le traitement médiatique a été évalué en fonction de critères déontologiques en usage au Conseil de presse du Québec : intérêt public, exactitude, équité et impartialité, respect de la réputation et accès du public aux médias. À travers cet examen, le Conseil cherchait à déterminer si la couverture journalistique avait donné lieu à un cirque médiatique, comme le soutenait une partie de l’opinion publique et politique québécoise.

 

 

Éléments consensuels

 

Les trois groupes de travail ont tiré, de leur analyse respective, quelques conclusions similaires :

 

  1. Le traitement médiatique est jugé, dans l’ensemble, conforme aux règles régissant l’éthique journalistique; l’information y apparaît factuelle, juste et équilibrée.
  2. De façon unanime, les membres considèrent que l’événement était porteur d’un intérêt public certain. De l’avis d’une des membres, la médiatisation de l’affaire Saint-Charles-Borromée a même eu un effet bénéfique dans le réseau de la santé, en suscitant plus de vigilance sur des cas de mauvais traitements pouvant se produire dans d’autres établissements.
  3. Plusieurs facteurs auront sans doute concouru, estime-t-on, au malheureux suicide de l’ex-directeur de St-Charles-Borromée, M. Léon Lafleur. Les membres des trois groupes d’analyse refusent d’y voir un lien de causalité évident avec le traitement médiatique, bien que cette médiatisation soit perçue comme « un miroir très dur » par l’un des analystes.
  4. Quelques cas de dérapage ont, en revanche, été observés de la part de certains médias. Un dérapage majeur sur les ondes de la station de radio CKNU de Donnacona, où l’animateur André Arthur tient des propos offensants à l’égard de M. Lafleur. Et des dérapages mineurs : inexactitudes dans des titres d’articles du Journal de Montréal et du Soleil, caricature déplacée dans Le Devoir, et approche journalistique discutable dans des reportages télé à Radio-Canada, TVA et TQS. Le contenu de deux éditoriaux de La Presse et du Devoir sont également pointées du doigt.
  5. Des questions essentielles comme la responsabilité syndicale et le droit du travail ont été escamotées dans le traitement journalistique. L’anonymat des préposés de St-Charles-Borromée, à l’origine des cas d’abus à l’endroit d’une patiente, a été protégé. De plus,  aucun média n’a semblé chercher à interviewer les préposés, toute l’attention médiatique étant portée sur la direction de l’établissement et le ministre responsable du dossier.
  6. Un constat des membres du comité de la radio : une certaine frilosité des journalistes quant à un questionnement légitime à l’endroit des syndicats.

 

Second constat du comité de la radio : la couverture journalistique est jugée officielle et passive, sans grand effort d’enquête.

 

 

Particularités du traitement en radio

 

Les trois membres du comité responsables de l’évaluation de la couverture radiophonique – Mmes Kathleen Lévesque, journaliste au Devoir, et Nicole Malo, curatrice publique du Québec, ainsi que M. Florian Sauvageau, président du Centre d’études sur les médias – ont émis, au surplus, les commentaires suivants :

 

  • L’information véhiculée par les médias souffre d’un certain manque de recul et de perspectives historiques. Une plus large mise en contexte de l’historique de l’institution aurait été indiquée.
  • Le comité s’interroge sur la manière dont le journaliste Paul Arcand a mené une entrevue avec Léon Lafleur sur CKAC, notant une agressivité peu commune de l’interviewer. L’impatience de M. Arcand est cependant apparue compréhensible, dans une certaine mesure, considérant que son invité esquivait la plupart de ses questions.
  • Les multiples interventions de l’animateur André Arthur sur les ondes de la station CKNU ont été de différents niveaux. Tout d’abord, les entrevues que M. Arthur a réalisées avec Mme Hélène Rumak et M. André Noël se sont avérées plutôt sobres et informatives. D’autres interventions d’André Arthur à l’antenne ont été moins heureuses, particulièrement quand celui-ci verse dans le commentaire. Par surcroît, l’animateur de CKNU commet une erreur de fait à propos de la députée Louise Harel et de son ex-conjoint, et fait preuve de partialité dans le choix de ses invités et des auditeurs qu’il met en ondes.

 

 

Particularités du traitement en presse écrite

 

Composé de MM. Renaud Gilbert, ombudsman de Radio-Canada, Daniel Jacoby, ex-protecteur du citoyen, et Erick Vanchestein, avocat, de la Commission des services juridiques du Québec, le groupe appelé à scruter le travail de la presse écrite a émis les commentaires suivants :

 

  • Le dévoilement de cas de mauvais traitements à l’Hôpital St-Charles-Borromée, mis au jour simultanément par deux médias d’information, La Presse et Radio-Canada, a sans doute contribué à produire un effet multiplicateur dans l’opinion publique. 
  • Les membres du comité font état du poids quelque peu excessif des réactions engendrées par les commentaires de Léon Lafleur dans les médias. 
  • Les journaux se sont acquittés convenablement de leur devoir en matière d’accès du public aux médias, en ouvrant leurs pages à une diversité de points de vue sur le dossier de St-Charles-Borromée. 
  • Le comité se questionne sur l’importance que le journal La Presse a donné à l’affaire St-Charles-Borromée en jouant l’événement à la une pendant cinq jours consécutifs, une pratique pouvant créer un phénomène d’amplification.
  • Enfin, le comité trouve tout à fait inapproprié qu’un texte du Journal de Montréal traitant des problèmes de jeu de M. Lafleur, publié le 19 décembre 2003, paraisse sous la rubrique « Les dessous du crime ».

 

Particularités du traitement en télévision

 

Les trois membres du comité, Mme Diane Lavallée, présidente du Conseil du statut de la femme, et MM. Pierre Bosset, de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, et Jacques Pronovost, éditeur de La Voix de l’Est, ont émis les commentaires suivants en regard du traitement télévisuel :

 

  • Les médias ont eu recours à des intervenants et experts pour la plupart crédibles, autant dans leurs reportages que dans des tables rondes, jugées éclairantes.
  • En contrepartie, les propos tenus par le Dr Mailloux, psychiatre, dans un reportage de TQS traitant du suicide de M. Lafleur, diffusé le 26 novembre 2003, sont jugés plus que discutables. « Il a préféré s’enlever la vie plutôt que de faire face », a-t-il alors déclaré.
  • Un reportage de Radio-Canada du 25 novembre porte à confusion. La journaliste Julie Marcoux s’approprie maladroitement une déclaration de Mme Hélène Rumak, en déclarant elle-même que « la  loi du silence est présente dans les CHSLD ».
  • Un reportage d’Harold Gagné du 26 novembre au réseau TVA fait aussi l’objet d’un questionnement. Faisant un parallèle avec les cas d’abus survenus, le reporter rappelle l’histoire d’un jeune homme agressé sexuellement. Les membres du comité voient dans ce reportage un caractère sensationnaliste.
  • En terminant, les membres du groupe d’étude tiennent à signaler qu’ils n’ont pu visionner l’entièreté des éléments d’information que le réseau de télévision TQS a consacré entre les 24 novembre et 1er décembre au dossier de St-Charles-Borromée, notamment la partie commentée des bulletins de nouvelles par les animateurs Gilles Proulx, Jean-Luc Mongrain et Jean Lapierre. Comme le comité a dû se contenter des dix (10) reportages fournis par TQS sur le sujet, leur analyse reste donc incomplète en regard de ce télédiffuseur.

 

 

 

SOURCE :      Robert MALTAIS, secrétaire général

                        Conseil de presse du Québec

                        Tél. : (514) 529-2818

                        Courriel :direction@conseildepresse.qc.ca