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Sophie Durocher : négligence, imprudence, manque de rigueur

La Cour supérieure a statué le 7 août que la chroniqueuse du Journal de Montréal Sophie Durocher a terni la réputation de Gesca par sa négligence, son imprudence et son manque de rigueur journalistique. Son article Les copains d’abord lui coûtera à elle et son employeur 10 000 $, une rétractation et des excuses.

L’article en cause dans la poursuite intentée contre la Corporation Sun Media, Canoë et Sophie Durocher par Gesca (La Presse) a été publié le 17 juin 2011. L’auteur y aborde la relation entre Gesca et Radio-Canada, qu’elle qualifie de « torride ». Le sujet d’une entente liant les deux entreprises de presse avait déjà été abordé plusieurs fois par Mme Durocher dans ses chroniques passées. 

Cette fois, il est allégué dans son texte qu’à l’occasion de l’organisation du débat des chefs de la dernière élection fédérale, en avril 2011, Radio-Canada aurait intercédé pour Cyberpresse (Gesca) auprès du Consortium des radiodiffuseurs, en demandant si « la transmission du débat pouvait lui être donnée ».

Par cette formulation et le contexte général de l’article, l’auteure insinue que la requête de Radio-Canada impliquait une transmission gratuite pour Cyberpresse, estime la juge. Cette dernière est également d’avis que le texte suggère que Gesca a tiré des ficelles pour obtenir cette faveur.

Le Consortium regroupe CBC/Radio-Canada, CTV, Global et TVA. Ces diffuseurs partagent les coûts de la transmission des débats électoraux. Afin de la rentabiliser, ils tarifient le droit de diffuser ce contenu pour les médias tiers. 

Fausses affirmations

Gesca demandait des dommages moraux de 75 000 $, une rétractation et des excuses, en raison de la remise en cause de son intégrité et de son indépendance par des informations qu’elle affirmait fausses. De son côté, les défenderesses ont notamment invoqué l’absence de preuve d’un manquement aux normes journalistiques, la liberté d’opinion et d’expression de l’auteure et l’intérêt public du sujet.

Pour la juge, la balance a penché du côté de Gesca. Dans son témoignage, Éric Trottier, vice-président à l’information et éditeur adjoint de La Presse, ne cache pas « qu’il y a une bonne relation et une collaboration ponctuelle entre Gesca et Radio-Canada », mais réfute que Gesca ait demandé la faveur alléguée à Radio-Canada.

Une demande à laquelle le diffuseur public n’aurait jamais accédé, a expliqué pour sa part Alain Saulnier, directeur général de l’information au moment de son témoignage. En 2011, Radio-Canada considérait le site internet Cyberpresse.ca comme le plus gros compétiteur de Radio-Canada.ca, a-t-il fait valoir.

Une affirmation corroborée par son collègue Pierre Tourangeau, alors à la direction du service de l’information. Un échange de courriels d’avril 2011 entre dirigeants du diffuseur public montre d’ailleurs l’opposition de ces derniers à ce que Gesca obtienne la diffusion du débat. Cette objection aurait été encore plus marquée à l’idée que Cyberpresse puisse transmettre ce contenu sans débourser un sou, souligne la juge.

Le témoignage de Troy Reeb, président du Consortium au moment des dernières élections fédérales, a enfoncé le clou : les propos au cœur du litige dans l’article de Mme Durocher étaient faux, a-t-il affirmé.

Les chances, pour les défenderesses, de convaincre la juge se sont encore amincies par les déclarations de leur propre témoin, Marc Gilbert, qui agissait en 2011 à titre de représentant de TVA au Consortium. Il a affirmé devant la juge qu’il y avait « des éléments faux » dans l’article de Mme Durocher.

La chroniqueuse avait laissé un message à M. Gilbert le 16 juin* 2011. Son article a été publié avant qu’elle ne lui parle. Elle dit avoir corroboré ses informations auprès de « ses sources ». 

Trop risqué

La juge reproche à Sophie Durocher de ne pas avoir attendu de parler à M. Gilbert, à des représentants de La Presse ou de Gesca et de Radio-Canada, à M. Reeb ou un autre membre du Consortium. « Madame Durocher savait ou aurait dû savoir que c’était un risque d’erreur trop élevé. Elle n’a pas respecté les normes journalistiques », écrit-elle.

Elle ajoute que la chroniqueuse a agi « d’une façon négligente et peut-être avec une certaine malice ou mépris envers Gesca et La Presse et Radio-Canada ». Elle précise cependant que « le Tribunal ne croit pas que madame Durocher était de mauvaise foi. Elle a cru ce qu’elle avait écrit parce que ses sources lui ont dit et confirmé ces “ faits ” et elle a cru ses sources ».

Faisant référence aux 25 années d’expérience médiatique de Sophie Durocher, que cette dernière a soulignées lors de son témoignage, la juge écrit : « Madame Durocher a commis une faute en n’agissant pas comme une journaliste prudente et expérimentée. »

Réponse à Cassivi

La publication de l’article de Sophie Durocher suivait celle, la veille, d’un texte de Marc Cassivi, Ce n’est plus un secret. Cet article tourne en dérision le fait que la chroniqueuse du Journal de Montréal revienne souvent sur le sujet d’une « entente secrète » entre Radio-Canada et Gesca.

Lors de son témoignage, Sophie Durocher a indiqué que son article constituait une réponse à M. Cassivi et qu’elle voulait remettre « les pendules à l’heure ». Elle a admis qu’elle détenait l’information concernant la supposée demande de faveur de Radio-Canada depuis quelques semaines.

Selon la juge, c’est « le désir de se défendre » contre les propos de M. Cassivi, qui a guidé Mme Durocher. « Elle avait perdu toute son objectivité », écrit-elle.

Le magistrat évoque également le conflit d’intérêts de Sun Média et Canoë, qui ont « commis une faute en publiant l’Article. Dans le contexte de la concurrence existante entre Gesca et Sun Media et Canoë, on ne demande pas pourquoi elles ont publié l’Article comme tel et sans délai. »

 

*(NDLR : Une première version de ce texte a été publiée le 8 août, avec la date du 16 avril  apparaissant par erreur à cet endroit. Un correctif a été apporté le 9 août.)  

 

 

 

 

 

 

Commentaires (3)

  1. L’article de Mme Durocher avait-il fait l’objet d’une plainte au Conseil de presse? Merci.

    • Non, le CPQ n’a pas été saisi d’une plainte dans ce dossier. Si cela avait été le cas, elle aurait été irrecevable: le CPQ ne traite pas les plaintes en diffamation, qui sont du ressort des tribunaux.

  2. ment propul Conseil de presse : un guide de déontologie simplifié | Projetj

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