Le Conseil de presse du Québec a publié trois nouvelles décisions relatives à des plaintes qu’on lui avait soumises. Il a retenu une plainte et a rejeté les deux autres.
D2024-04-030 : Patrice Tremblay c. Emmy Lapointe, Frédérik Dompierre-Beaulieu et Impact Campus
Le Conseil de presse retient la plainte de Patrice Tremblay au sujet de l’article « Enseignement de la littérature à la Faculté de médecine : de bonnes intentions, un mauvais traitement », d’Impact Campus, média étudiant de l’Université Laval, publié en ligne le 13 avril 2024. Dans ce texte d’opinion, les deux rédactrices, qui étudient en littérature, dénoncent conjointement l’enseignement d’un chargé de cours, le médecin et auteur Jean Désy, qui enseigne la littérature à la faculté de médecine. Elles allèguent notamment une « reconduction de […] discours malhonnêtes, stigmatisants et empreints d’un sexisme bien intériorisé ».
Le Conseil juge que les journalistes étudiantes ont manqué d’équité envers le chargé de cours, notamment en ne présentant pas sa perspective et en prétendant qu’il ne comprend pas la littérature tout en omettant de mentionner qu’il a un doctorat en littérature. Par ailleurs, le texte manque d’explications concernant les sources, estime le Conseil. « Les sources confidentielles utilisées ne sont pas suffisamment décrites pour que le lecteur puisse en évaluer la valeur – l’article ne compte aucune citation attribuée à ces sources. On parle de “témoignages”, mais l’article n’en présente aucun. La lecture du texte ne permet pas de départager ce qui provient des témoignages de ce qui est l’opinion des journalistes. Une meilleure identification des sources, tout en conservant la confidentialité dans les cas où celle-ci était justifiée, aurait permis au public d’évaluer la valeur de ces témoignages concernant l’enseignement de Jean Désy. »
Le Conseil retient également le grief de refus de publier une contribution du public. Le plaignant avait tenté d’inscrire son opinion dans un commentaire à la suite du texte en ligne, mais le média n’a pas publié son point de vue, qui tranchait avec celui des rédactrices. Or, les médias qui choisissent de publier les commentaires des lecteurs doivent s’assurer de présenter une diversité de points de vue.
Le Conseil a par ailleurs rejeté le grief de manque de courtoisie.
D2024-03-025 : Nicolas Landry c. Louis-Samuel Perron et La Presse
Le Conseil de presse rejette la plainte de Nicolas Landry visant l’article « Condamné à six mois de prison pour fraude – Un ex-policier de la SQ sort de prison après deux mois », publié le 11 mars 2024 sur le site Web de La Presse, concernant des griefs d’information inexacte et d’information incomplète. Dans cet article, le journaliste rapporte que Nicolas Landry, le plaignant dans le présent dossier, a obtenu sa libération conditionnelle après avoir purgé le tiers de sa peine de prison de six mois. L’article rappelle les raisons pour lesquelles Nicolas Landry a été condamné à la prison et celles qui ont motivé la décision de la Commission des libérations conditionnelles. Nicolas Landry est un ex-policier de la Sûreté du Québec reconnu coupable d’avoir fraudé son employeur d’une somme de plus de 5000 $, une infraction qui lui a valu une sentence de six mois de prison. L’homme a contesté sa condamnation jusqu’en Cour suprême.
Le Conseil souligne dans sa décision : « Les journalistes bénéficient d’une grande liberté en ce qui concerne le choix des mots. Le fait que le journaliste ait choisi d’employer l’expression “faire semblant de” plutôt que les termes utilisés dans le jugement de cour comme “a menti” ou “commis des omissions volontaires” ne constitue pas la preuve d’une information inexacte. On pourrait en effet être déjà malade, comme l’était le plaignant, tout en exagérant ou en feignant d’être si malade que cela nécessite un statut “d’invalidité permanente”. » C’est entre autres pour cette raison que le grief d’information inexacte est rejeté.
D2024-06-047 : Nicolas Landry c. Justin Vaillancourt et La Presse
Le même plaignant, Nicolas Landry, a également déposé une plainte visant l’article « Ex-policier de la Sûreté du Québec – Condamné pour fraude, il poursuit son ancien syndicat », publié le 21 juin 2024 sur le site Web de La Presse, relativement à des informations qu’il jugeait inexactes. Dans cet article, le journaliste rapporte que Nicolas Landry a intenté une poursuite de plus de 2 M$ contre son ancien syndicat, l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec (APPQ), et son président, Jacques Painchaud. Dans sa poursuite, M. Landry reproche au syndicat de ne pas avoir déposé les plaintes de harcèlement qu’il avait effectuées contre son employeur et des collègues et d’avoir refusé de payer ses frais de médecins et d’avocats.
Le Conseil rejette les deux griefs d’informations inexactes dans ce dossier, ayant jugé que l’information présentée est fidèle à la décision de la Cour et à la poursuite déposée par Nicolas Landry. Concernant le montant de la fraude commise, le Conseil explique que « l’information transmise par le journaliste est conforme au montant indiqué dans le jugement de la Cour du Québec, qui constitue une source crédible et fiable d’informations concernant la condamnation du plaignant ».