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Sujets sensibles : l’importance de l’équilibre, des mots et des images

Melolou CC

Crédit photo : melolou CC

Personnes transgenres et itinérance. Ces deux sujets réunissent plusieurs aspects susceptibles de les transformer en terrain miné pour les journalistes qui s’y aventurent : droits fondamentaux, tabous, préjugés, croyances religieuses, débats émotifs, personnes vulnérables, etc.  Réflexion des ombudsman de la radio publique américaine NPR et du Toronto Star.

Le droit des personnes transgenres fait les manchettes aux États-Unis depuis l’adoption en avril de la loi « HB2 » (House Bill 2) en Caroline du Nord, ou « loi sur les toilettes », restreignant à l’utilisation des toilettes publiques correspondant au genre indiqué sur le certificat de naissance d’une personne. La question est répercutée dans les médias canadiens, avec la promesse du premier ministre Trudeau de déposer une loi pour la protection des droits des personnes trans. 

Équilibre

Dans sa chronique du 16 mai 2016, Elizabeth Jensen, ombudsman de NPR, résume les commentaires exprimés par le public au sujet de la couverture du débat découlant du HB2. Certaines des doléances exprimées ont provoqué réflexion et ajustement, de la part du diffuseur public.

Mme Jensen affirme être sensible, par exemple, à la critique d’un homme transgenre qui estime que le traitement du sujet des droits des personnes transgenre par NPR n’est pas équilibré. Un manquement qui serait corrigé si la parole était davantage donnée à des personnes transgenres.

« Parmi les 43 reportages traitant du HB2 répertoriés dans nos archives […] seulement 11 présentaient le point de vue des personnes transgenres. Ce n’est pas assez », écrit Mme Jensen.

L’ombudsman souligne par ailleurs que le devoir d’équilibre dans les reportages de NPR est réalisé sur une certaine période de temps, et non à chaque fois que le sujet est abordé. Ce qui fait parfois grincer des dents certains auditeurs et lecteurs, qui ne peuvent prendre connaissance de tous les reportages réalisés sur le sujet.

Il peut cependant s’avérer impossible de refléter l’ensemble d’un sujet complexe en une seule fois. De façon générale, explique Mme Jensen, NPR s’efforce de refléter cette complexité « en abordant les multiples angles d’un sujet dans des entrevues distinctes, souvent disséminées sur plusieurs semaines. »

Éviter d’entretenir les préjugés

Le mot « choix » a également fait bondir plusieurs internautes sur les réseaux sociaux, rapporte Mme Jensen.

Selon une femme transgenre ayant acheminé un commentaire à l’ombudsman, affirmer que le débat en cours est lié à la question, pour les personnes trans, d’utiliser la salle de bain de leur choix nourrit le préjugé à l’effet qu’être une personne transgenre est un choix.

Une autre femme transgenre a suggéré qu’il s’agissait plutôt d’un débat sur l’utilisation de la salle de bain qui est compatible avec l’identité de genre d’une personne.

En réaction à ces commentaires, le rédacteur en chef Mark Memmott, responsable des normes et pratiques à NPR, a souligné, dans un mémo envoyé à l’équipe éditoriale, que le mot « choix » n’était pas approprié.

« Nous veillons à utiliser un langage neutre. Une façon d’aborder ce sujet est de dire qu’il s’agit d’un débat sur la question de savoir si une personne transgenre devrait être autorisée à utiliser les toilettes publiques suivant son identité de genre ou suivant ce qui est indiqué sur son certificat de naissance. »

Vulnérabilité et consentement

La question des préjugés à l’encontre d’un groupe de personnes a également fait l’objet d’une réflexion de la part de l’ombudsman du Toronto Star, Kathy English, résumée dans son billet du 13 mai 2016.

À l’origine de cette réflexion : la publication d’une photo accompagnant un texte d’opinion dans le Toronto Star, le 12 mai, portant sur la problématique de l’itinérance. Cette photo a été retirée depuis. La réaction de Mme Kathy Crowe, intervenante et militante respectée active auprès des personnes itinérantes, est à l’origine de ce retrait. 

« La photo montrait deux hommes vautrés sur le sol, apparemment endormis, à l’extérieur d’un édifice à l’angle de Bay street et Front street. À côté d’un des deux jeunes hommes, dont le visage était à moitié visible, était posé un gobelet vide et une affiche sur laquelle on pouvait lire le message : “ Tout don peut aider, merci, bon karma ”, accompagné d’un bonhomme sourire », décrit Mme English.

La photo, prise en 2014 dans un autre contexte, n’avait jamais été publiée. Selon Mme  Crowe, cette photo allait à l’encontre du droit à la dignité de personnes défavorisées et vulnérables. « Elle montre deux personnes par terre, dans un état pitoyable, qui n’ont manifestement pas été en mesure de donner un consentement éclairé pour la prise de photo », fait valoir Mme Crowe.

L’ombudsman du Toronto Star acquiesce en notant qu’au-delà des considérations juridiques, la publication d’une telle photo soulève un questionnement déontologique, voire éthique, quant à l’effet stigmatisant qu’elle peut avoir. Ce questionnement touche également à la notion de consentement d’une personne vulnérable, malgré toute la difficulté d’obtenir un tel assentiment en pratique. 

« Bien que je sois d’avis que le Toronto Star doit montrer la réalité de la pauvreté et de l’itinérance dans les rues de Toronto, la dignité des personnes impliquées est importante. Je considère particulièrement valable la suggestion de Mme Crowe de “développer un protocole pour l’utilisation d’images montrant une vulnérabilité qui requiert un consentement” », conclut Mme English.

Les principes invoqués dans cet article sont également abordés dans le Guide de déontologie journalistique du Conseil de presse : art. 9 d) (équilibre); art. 19 (discrimination); art. 26 (personnes en situation de vulnérabilité).

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